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Entretien avec Éric Mousset, Consultant International

5 octobre 2016

Aujourd’hui, nous interrogeons Eric Mousset, consultant ​international et ancien président de la chambre de commerce franco-cambodgienne, qui vient de rejoindre le pôle conseil de Confluences. Éric est spécialisé dans le conseil à caractère technologique ou stratégique, notamment la RSE dont il est question dans cet article.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

« Dès le début de ma carrière en 1990, j’ai choisi d’inscrire mon parcours sous trois principes directeurs :
– la mobilité, qu’il s’agisse d’une mobilité proposée ou provoquée ;
– la diversité des expériences professionnelles ;
– et leur valorisation.

Mobilité géographique d’abord, qui m’a amené à résider et travailler sur trois continents : Asie, Australie et Europe.
Et dans six pays : Cambodge, Australie, Suisse, Royaume Uni, Espagne et France.
Aussi s’ajoutent des pays visités à l’occasion de missions brèves : Laos, Sri Lanka, Myanmar, Vietnam, Malaisie et Inde (par ordre anti-chronologique).

Mobilité sectorielle, entre deux secteurs complémentaires à savoir celui des applications commerciales et industrielles d’une part, et celui l’enseignement et de la recherche universitaire d’autre part.

Mobilité au sein d’une même discipline, en l’occurrence l’informatique dans laquelle je possède une formation bifide d’ingénieur et de docteur, qui m’a donné de visiter une diversité de métiers : chercheur universitaire, enseignant en troisième cycle, ingénieur de recherche, développeur logiciel, chef de projet en ingénierie logicielle, ingénieur d’affaires, entrepreneur, consultant spécialiste de technologie et, plus récemment, consultant spécialiste de gestion.
Fort d’un tel capital et ayant successivement gravi les différents degrés de la pyramide des besoins de Maslow, il me restait encore à assouvir l’ultime de ces degrés à savoir le « besoin d’accomplissement de soi ».

C’est ainsi qu’en 2006, alors résident de Sydney depuis huit années, je fis le choix de me mettre sur une nouvelle trajectoire avec pour destination cette partie du monde qui en constitue la majorité , je veux parler des pays communément qualifiés « en voie de développement » , et pour cap mes convictions profondes , c’est-à-dire le réajustement des opportunités de développement socio-économique.
Je me mis en quête d’opportunités professionnelles et obtint un contrat de « volontariat en col blanc » en 2007, au sein d’une entreprise sociale opérant à Phnom Penh, Battambang et Vientiane. Ainsi je pus satisfaire mon appétit de curiosité concernant ce modèle économique dit « d’entrepreneuriat social », lequel était encore relativement novateur à l’époque, et l’articulation que celui-ci peut entretenir avec la RSE (les bénéfices sociaux engendrés par l’entreprise sociale en question étaient en partie financés par des programmes RSE de firmes privées nord-américaines).

Cette première expérience au Cambodge me fascina et je choisis alors d’y élire résidence , stationnarité géographique, tout en continuant d’explorer l’espace des problématiques de développement socio-économique et des opportunités professionnelles correspondantes. Cela inclut par exemple la promotion de la RSE dans le cade d’un cours Master 2 au sein de l’Université Royale de Droit et Sciences Économiques, de conférences (à Phnom Penh en 2008 et 2009), à Ho Chi Minh Ville en 2010 et à Kuala Lumpur en 2010), du Concours RSE 2016 ou encore de la Table Ronde organisée par la Chambre de Commerce et Industrie France-Cambodge (CCIFC) il y a quelques jours. À ce stade du parcours j’éprouve un sentiment d’accomplissement, dans le sens où il existe une forte congruence entre mes activités professionnelles d’une part et mes convictions personnelles d’autre part. Dans les quatre dernières années, il m’a été donné de contribuer à des problématiques et projets variés.

Mission récente au Cambodge : réaliser une analyse statistique et socio-économique des conditions de subsistance des populations dépendantes des activités de pêche (première étude de grande ampleur car concernant 3,7 millions de cambodgiens), et suggérer des politiques de développement sur la base des résultats de l’étude.

Mission récente au Laos : équiper les quatre plus grandes universités publiques du Laos de fonds documentaires en ligne, afin de donner plus de visibilité aux travaux de recherche des universitaires laotiens et de faciliter l’accès à la connaissance par les étudiants habitant dans des zones rurales.

Mission récente au Sri Lanka : suggérer au gouvernement un plan stratégique vers la gestion électronique des achats et marchés publics, visant à une amélioration de la gestion des finances publiques et à une plus juste distribution des opportunités économiques pour les PMEs et TPEs.

Mission récente au Cambodge : réaliser une étude sur les compétences des diplômés de l’enseignement supérieur cambodgien et leur adéquation aux besoins du marché de l’emploi, et suggérer des axes de réforme de l’enseignement supérieur.»

En quelques mots qu’est ce que la RSE ?

«À la charnière de ce 21ème siècle on a vu la conceptualisation théorique de l’entreprise évoluer, et dans le même temps les pratiques associées. Alors que l’entreprise était généralement appréhendée comme un système ouvert, base de la théorie de la firme prévalant aux 19ème et 20ème siècles, on a progressivement délaissé cette conception originelle pour regarder l’entreprise comme un agent au cœur d’un écosystème. La prise de conscience de la finitude des ressources naturelles de notre planète n’est pas sans lien causal avec l’évolution en question.
Dans un tel contexte il s’agit alors pour l’entreprise d’intégrer, au cœur même de sa mission et de ses opérations, des activités qui concourent à l’équilibre dudit écosystème. Cette intégration peut dériver d’obligations légales ou réglementaires, ou bien d’une remédiation à d’éventuelles externalités négatives liées aux opérations de l’entreprise, ou encore à la satisfaction d’aspirations ou de valeurs revendiquées par l’entreprise (bien souvent une combinaison de ces trois aspects).»

Pouvez-vous nous parler du concours RSE et en quoi il consiste ? 

«Le but du Concours RSE est d’identifier, encourager et promouvoir les bonnes pratiques de RSE parmi les compagnies privées basées au Cambodge, et liées au large réseau du commerce extérieur de la France. Il s’agit, également, de valoriser la contribution de la communauté d’affaires française au développement durable au Cambodge.
L’édition initiale, le « Concours RSE 2016 », s’est conclue en avril dernier par une cérémonie de remise des prix en l’hôtel Sofitel Phokeethra de Phnom Penh. La Section Cambodge des Conseillers au Commerce Extérieur de la France (CCEF), instigatrice du Concours, s’est félicitée du succès de l’événement auprès de la communauté d’affaires française, tant par le nombre de participants que par la qualité des dossiers RSE présentés. Elle a donc souhaité rééditer l’événement l’année prochaine. Le comité organisateur m’a renouvelé sa confiance en qualité de conseiller technique sur la RSE (notamment concernant l’élaboration du règlement, l’accompagnement des participants pour la préparation de leurs dossiers, ou encore l’élaboration d’un instrument d’évaluation des candidatures pour le jury). Le lancement du « Concours RSE 2017 » sera annoncé par voie de presse prochainement, avant la fin de cette année civile.»

Quelles actions de RSE pourriez-vous envisager pour Confluences ?

«En matière de RSE on distingue les « actions » proprement dites, qui sont la part visible de l’engagement, et les « activités managériales », qui forment la trame. Une bonne pratique consiste à faire précéder l’action par un exercice de rationalisation et de planification. Dans un premier temps donc, il va s’agir pour Confluences de formuler des principes directeurs RSE et un programme qui en découle. Cela va passer par une analyse d’impact de Confluences vis-à-vis des diverses parties prenantes, à commencer par les startups et organisations assistées par l’Incubateur Confluences et son pôle Conseils.
Le concept d’écosystème auquel je faisais allusion plus tôt prend ici tout son sens. En effet, dans l’écosystème des affaires au Cambodge, Confluences assure une fonction toute particulière : à savoir la création d’entreprises nouvelles et innovantes sur le territoire cambodgien et, par-là, la contribution aux besoins de diversification économique et de création de valeur ajoutée à l’échelle nationale (deux besoins identifiés comme cruciaux dans les plans de développement stratégiques nationaux du gouvernement, pour la décennie à venir).
Dans un tel contexte, il appartient aux fondateurs et dirigeants de déterminer quelle part de responsabilité incombe à Confluences. On peut par exemple envisager un principe directeur qui offre des conditions plus favorables à tels ou tels autres profils de nouveaux entrants, en fonction des priorités de développement nationales. C ‘est le cas de l’organisation « French Tech », qui bénéficie actuellement d’un soutien substantiel de la part de Confluences. On peut aussi envisager un autre principe directeur encourageant l’engagement entrepreneurial au Cambodge par la diaspora cambodgienne — conformément à l’appel poignant lancé, dans les dernières images du film de Haig Balian et Christophe Rompré intitulé « The Man who Built Cambodia », par Monsieur Vann Molyvann en personne. Le fait que l’association Anvaya qui accompagne ce mouvement du retour soit hébergée à Confluences va dans ce sens.»

Contact linkedin : Éric Mousset Linkedin

 

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